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Disséquer et guérir. Violences dans les littératures congolaises

Le colloque (DFG) Disséquer & guérir. Violences dans les littératures congolaises se tiendra à la Humboldt-Universität zu Berlin du 1er au 4 septembre, accompagné des journées littéraires congolaises.

Programme

Mardi 1er septembre, Ouverture du colloque
Unter den Linden 6, salle 2049A, 10117 Berlin

  • 16:00 – 16:30    Mots de bienvenue
    Son excellence l’ambassadrice de la RDC en Allemagne
    Les doyennes des facultés de la HU-Berlin
    La représentante de l’office international de la HU-Berlin
  • 16:30 – 17:00  Introduction au colloque: Susanne Gehrmann & Marie Guthmüller
  • 17:00 – 17:45    Kasongo Kapanga (Univ. Richmond)
    Trois niveaux récurrents de violence dans quelques textes littéraires congolais
  • 18:15 – 19:15  Lecture-rencontre avec Charles Djungu-Simba

    Mercredi 2 septembre Unter den Linden 6, salle 2049A, 10117 Berlin
  • 9:00 – 9:45
    Albert Kasanda (Czech Academy of Sciences) & Alena Rettovà (Univ. Bayreuth)
    Théorisation de la violence dans la littérature, les discours politiques et la philosophie africaine
  • 9:45 – 10:30 Silvia Riva (Univ. Milano Statale)
    Forger la libération d‘une Nation cannibale : Mémoire, art et solidarité panafricaine dans les textes autour du Congo
  • 11:00 – 11:45 Ramcy Kabuya (HU-Berlin) & Carl Kalire (Univ. Lubumbashi)
    Du texte à la scène : penser la violence dans les dramaturgies récentes de la RDC
  • 11:45 – 12:30    Xavier Garnier (Sorbonne Nouvelle)
    Où guérir dans le Congo colonial ? Lecture de Faire médicament de Paul Lomami-Tchibamba
  • 12:30 – 13:15    Isabelle Myriam Nsenga Diatwa (Univ. Bayreuth)
    L‘écriture comme thérapie sociale dans l‘œuvre romanesque d‘Augustin Lemba
  • 14:30 – 15:15    Maëline Le Lay (CNRS/THALIM)
    La romantisation de la violence sexuelle dans la littérature à l‘Est du Congo
  • 15:15 – 16:00     Susanne Gehrmann (HU-Berlin)
    Les chroniques congolaises – un genre pour dire et défier la violence ?
  • 16:30 – 18:00    Table ronde sur l’édition en RDC avec Charles Djungu-Simba (Pangolin), Claire Riffard (Nzoi), Carl Kalire (Calures), Sim Kilosho (Librairies des Grands Lacs), modération : Richard Ali A Mutu K.
    Senatssaal de la HU-Berlin, Unter den Linden 6
  • 19:00 – 21:00 Lecture-rencontre bilingue avec Nadège Kusanika & Fiston Mwanza Mujila
    soutenue par le KHK CURE & Österreichisches Kulturforum Berlin

    Jeudi 3 septembre Unter den Linden 6, salle 2049A, 10117 Berlin
  • 9:00 – 9:45    Maurice Amuri Mpala-Mutebele (Univ. Lubumbashi)
    De la violence à une potentialité lumineuse : un itinéraire de la dénonciation au schéma de guérison de la violence dans Les Étoiles écrasées de Pius Ngandu Nkashama
  • 9:45 – 10:30    Marie Guthmüller (HU Berlin)
    Rumble in the Jungle? Mise en scène et anatomie de la violence sous Mobutu Sese Seko
  • 11:00 – 11:45    Antonia Fendt (Univ. Mayence)
    Sillonner le pouvoir politique dans le Zaïre de Mobutu : perspectives à partir de chansons en lingala en tant que moyen de résilience
  • 11:45 – 12:30   Kasereka Kavwahirehi (Univ. Ottawa)
    De l‘expérience de la déshumanisation à la chanson d‘espoir.
    Analyse des textes des reggaemen de Beni et de Butembo
  • 14:00 – 14:45    Olga Hél-Bongo (Univ. Laval)
    Scénographies de la violence chez Jean Bofane
  • 14:45 – 15:30    Christiane Solte-Gresser (Univ. de la Sarre)
    Les racines du mal ou l’histoire de la violence au Congo du point de  vue du fou chez Pie Tshibanda, Ahmadou Kourouma et In Koli Jean Bofane
  • 16:00 – 16:45    Katherine Arthur Tidmarsh (Univ. Paris-Cité)
    Dilemmes de la violence et casse-têtes esthétiques dans la littérature de la « nouvelle génération » d‘écrivain·e·s congolais·es publiant en diaspora
  • 16:45 – 17:30    Maria Laura Cucciniello (HU Berlin)
    Creuser: analyse d‘une pratique de la violence envers le vivant

    Soirée du jeudi 3 septembre
    Ambassade de Belgique en Allemagne, Jägerstraße 52-53, 10117 Berlin

    18:30    Lecture-rencontre de la diaspora congolaise en Belgique
    soutenue par la délégation Wallonie-Bruxelles-Ostbelgien
    avec In Koli Jean Bofane & Joëlle Sambi

    Accès uniquement sur inscription préalable et avec pièce d’identité ! veranstaltung@dgcfrw.de

    Vendredi 4 septembre
    Unter den Linden 6, salle 2049A, 10117 Berlin
  • 9:15 – 10:00 Sim Kilosho Kabale (ISP de la Gombe)
    Autopsie des guerres en République démocratique du Congo, enjeux et remèdes à travers la pièce théâtrale Résolvons nos conflits à la manière des amoureux en crise (2014) de Jérémie Kisembo
  • 10:00 – 10:45 Philippe Fraiture (Univ. Warwick)
    Scandale géologique et paradoxe de l‘abondance: penser le pharmakon congolais en littérature
  • 10:45 – 11:30 Pierre Halen (Univ. de Lorraine)
    Bande dessinée et narratif mémoriel : de l’oubli, de l’accommodement et de l’épification du passé pour tenter une résilience
  • 12 :00 – 13:00    Lecture-rencontre avec Richard Ali A Mutu K.
  • 13:00 Fin du colloque

Heroe Book Fair, Mombasa [en ligne]

Heroe Book Fair

Un exemple de panel

La 1ère édition du Heroe Book Fair de Mombasa se tient cette semaine, du lundi 22 au samedi 26 mars 2021.

Thème : Belonging
La plupart des sessions seront virtuelles, donc n’hésitez pas à participer.

Vous trouverez la présentation et le programme du festival ici :
https://heroebookfair.com/2021/01/27/the-program-of-the-fair/

Entrez dans la danse ! Par Daniel Delas

Fiston Mwanza Mujila, La danse du vilain, Métailié, 2020, 264 p.

la danse du vilain
la danse de ceux qui méprisent l’argent
jettent l’argent par la porte
jettent l’argent par la fenêtre
par les latrines
et les égouts
des gamins, des gamins
ils dansent et dansent
la merveilleuse danse du vilain

Fiston Mwanza Mujila (FMM) est poète (le poème ci-dessus est en fin de volume) et auteur-danseur, il danse son écriture, il danse la vie de Sanza ou Ngungi, ses deux gamins préférés, qui eux dansent Lumumbashi, dansent la nuit qui leur appartient :

La rue nous appartenait. Elle était dans notre escarcelle. Elle était notre propriété privée, notre chose, notre marchandise…Nous la remplissions de nos rêves décarcassés, des rêves privés de mazout, des rêves sans tête ni épine dorsale. (75) […] Notre putain d’existence était cadencée par le soleil, la lune, la saison sèche, les bagarres de rue, la colle, les razzias de la police et les descentes des inspecteurs des finances. Nous possédions notre propre système de datation. Nous embrigadions le soleil dans nos folies. Il nous arrivait d’être éveillés toute la nuit durant et de pioncer la journée. (p. 84)

C’est à leur monde de rêve que se consacre le premier tiers du roman en parallèle au rêve angolais des creuseurs katangais, ces adolescents zaïrois qui s’exilent à la « quête effrénée de l’enrichissement précoce » (p.13) au pays des diamants où ils se soumettent à la Madone des mines de Cafunfu, une vieille femme, Tshiamuena, originaire d’on ne sait trop où, généreuse et acariâtre. « Elle n’avait pas la silhouette des cantatrices, la splendeur des miss, ni l’allure impériale des duchesses, mais nous subjuguait et nous hypnotisait dès qu’on croisait ses yeux » (p.12), bref « Nous aurions tous voulu l’avoir comme épouse, mère, grand-mère, belle-sœur, aïeule, ancêtre, fondatrice du clan, matriarche, j’en passe et des meilleures » (p.27). La Madone qui prend Sanza sous son aile occupe le centre du début du livre puis disparaît progressivement quand arrivent de nouveaux personnages.
Mais alors, à quoi sert ce premier tiers du bouquin ? A mettre en place un monde de farandole nocturne, porté par le rythme trépidant d’images baroques ou burlesques, de longues répétitions, d’énumérations rabelaisiennes. Mais surtout à faire entendre la Danse du Vilain, titre du livre.
Et c’est quoi, la Danse du Vilain (avec majuscules, s’il vous plait) ? Écoutez bien :

Dans la furie des guitares hawaïennes, des congas, des cymbales, du vibraphone, sax et basse-clarinette, la faune se contorsionnait au rythme de la Danse du Vilain. C’était le point d’orgue des nuits bacchanales du Mambo (p.52) […] Aucune parole intelligible, juste des cymbales, un saxophone baryton -dominant, excellant dans les soli et chaque solo s’achevant en dent de scie à la manière d’un coucou entrant en gare-, des rifs psychédéliques de guitares hawaïennes… (p.106)

Et on continue comme ça sur deux pages ! Et vous dansez « dans un tremblement de terre cérébral » (p. 106) !
Sortons du Mambo de la fête, la boite où l’on s’étourdit jusqu’à l’aube, suivons la vie politique quotidienne de Monsieur Guillaume qui infiltre le monde des gamins pour le compte du mobutisme dans une ville où l’atmosphère n’est pas bonne pour lui car « la plèbe en avait ras-le-bol du Maréchal, au pouvoir depuis 1965 ».

Toute la journée, j’étais en mission avec M. Guillaume. On opérait d’habitude la nuit. M. Guillaume débarquait et m’emmenait dans ses opérations. Je passais aussi le clair de mon temps dans les bureaux de la DDD. Je croulais de fatigue. (p. 174)

et faisons connaissance avec Franz, l’écrivain autrichien, alias Franziskus ou Herr Baumgartner. Qui est Franz ? Un étrange Blanc qui est évidemment un peu l’auteur (lui-même à moitié autrichien). Au chapitre 24, intitulé « Franz et la nostalgie de la page blanche », on lit le récit de son calvaire, « chaque phrase lui coûtait trente heure de concentration » (120). Il traîne toujours avec lui une valise à roulettes emplie de paperasses, où ‘s’enlisent’ « une centaine de phrases, réécrites, raturées, amochées, rafistolées, éventrées… » (120). Emprisonné, il ne cessera de gribouiller et de vivre l’écriture ‘fiévreusement’ :

Il avait le souffle coupé, transpirait, rigolait, poussait des miaulements de chats, comme s’il avait un fleuve dans le ventre, les yeux braqués sur le plafond (p. 252)

*

Vous l’avez compris, j’espère, le roman de FMM tente de prendre en charge la totalité du monde,

Ce qui est rocambolesque avec le monde, c’est que dans la même heure, minute, seconde, plus de 500 milliards de gestes sont posés en même temps : les gens s’envoient en l’air, coupent des bières, allument la radio, fomentent des coups d’Etat, lisent Bofane, Mabanckou ou Musil, regardent un film, fument leur colle, s’invectivent, dansent la polka-mazurka, grimpent dans les trains, se noient, trépassent, terminent en prison… (p. 180)

Ce fourmillement cosmique indéfiniment fourmillant que le romancier français Georges Pérec avait approché dans le cadre étroit de la place Saint Sulpice à Paris, FMM l’approche dans le monde chaotique et survolté du Katanga des années 80, singulièrement riche en péripéties incroyables mais vraies.

Un ton neuf dans la littérature africaine. Entrez dans la danse !                                                                                                                                   

Fiston Mwanza Mujila, né au Congo en 1981, a publié un premier roman chez le même éditeur Tram 83 (2014) et, ailleurs, plusieurs volumes de poésie. Il dit dans un entretien : « j’écris comme un compositeur, j’essaie de créer une nouvelle langue, une langue qui, comme le fleuve, charrie les influences, charrie le peuple, les imaginaires … ».

FMM vit et enseigne à Graz en Autriche.

Daniel Delas

Et pour entrer dans la danse en musique : https://pan-african-music.com/fiston-mwanza-mujila-la-danse-du-vilain/