Archives par mot-clé : Journée d’étude

Chamoiseau intermédial

Journée d’étude

consacrée à la participation de Patrick Chamoiseau à des œuvres intermédiales (jeux vidéos, bandes dessinées, performances musicales et poétiques, livres-photos, théâtre, cinéma).

Co-organisée par Marion Coste, Mario Laarman, Florian Alix et Romuald Fonkoua

Sorbonne-Université, Paris. Salle D306 (Salle de la Fresque), 17 rue de la Sorbonne, 75005

Programme

9h00-9h30 – Accueil des participant·es
9h30-10h – Introduction : Romuald Fonkoua et Mario Laarmann

10h00-12h00 – Panel 1 : Intermédialiser la mémoire (modération : Marion Coste)

  • Charles Forsdick (Cambridge University) : « Patrick Chamoiseau, photo-essayist »
  • H. Adlai Murdoch (Penn State University) : « Les Antilles sous Bonaparte : Delgrès. History, Resistance and Identity in the Guadeloupean bande dessinée »
  • Fanny Margras (Institut des Textes et des Manuscrits) : « D’André Schwarz-Bart à Patrick Chamoiseau : l’adaptation théâtrale de La Mulâtresse Solitude (1975) comme construction d’une mémoire martiniquaise » 

12h-13h30 – Pause déjeuner

13h30-15h30 – Panel 2 : Expérimenter les signes (modération : Mario Laarmann)

  • Emily Kelly (Cambridge University) : « (Re)jouer le passé dans Méwilo et Freedom. Les guerriers de l’ombre : Repenser la simulation ludique à travers les œuvres de la créolité numérique »
  • Angèle Humbert (Sorbonne Université) : « Patrick Chamoiseau et Baudelaire au seuil du Tout-Monde »
  • Victoria Klein (Université de Strasbourg) : « L’équipée poétique de Baudelaire Jazz : performance et configurations du collectif chez Chamoiseau »

15h30-16h00 – Pause café

16h00 – 18h00 – Panel 3 : Investir les images (modération : Florian Alix)

  • Guillaume Robillard (Université des Antilles) : « L’appropriation de l’En-ville dans le cinéma antillais-péyi »
  • Juliane Tauchnitz (Bergische Universität Wuppertal) : « La photographie : objet d’intérêt ou prétexte politique ? L’intermédialité comme dialogue chez Patrick Chamoiseau »
  • Maeve McCusker (Queens University Belfast) : « Émerveilles (1998) de Patrick Chamoiseau et Maure : liberté, ludisme, errances »

18h00-19h30 – Cocktail 

19h30 : Projection du film « Passage du Milieu » (Amphithéâtre Richelieu, Sorbonne Université) 

Les personnes extérieures à Sorbonne Université doivent s’inscrire auprès de Florian Alix (florian.alix.13@gmail) aussi tôt que possible. 

ProgrammeChamoiseau-150526

CfP: Female, Queer and Nonbinary Voices in African Literatures

Bodies, Ecologies, Herstories

We are pleased to announce the upcoming CRG African Literatures conference, Female, Queer and Nonbinary Voices in African Literatures: Bodies, Ecologies, Herstories. This one-day conference will be held at the University of Leicester, UK, on 8 September 2026. You are encouraged to submit abstracts and share the below CFP widely with your networks.

The conference will be hybrid to ensure wide accessibility for members worldwide. AEGIS will also provide limited funding for travel to presenters in the UK and Europe. See the CFP for more information.

We look forward to seeing you in Leicester, either virtually or in-person.

Non-binary_Voices_CRG-AL CFP

  • Kindly send 300-500 word proposals as well as a short bio (100-200 words) on a Word document with your name and email address by 1st April to africanlitcrg@gmail.com.
  • Please state whether you would like to present online or in person.
  • Notifications of acceptance will be communicated by 1st May.
  • Presentations should be 15-20 minutes long.
  • The CRG has a limited budget to support the travel of early career or independent scholars from the UK and/or Europe (who do not benefit from institutional funding), with a maximum of £50 for non-Leicester based participants in the UK. Please indicate
    in your application if you believe you may be eligible.

Intellectuelles afro-diasporiques et liens de fuite

Arts, histoire, politique

Journée d’étude

Laboratoire Les Afriques dans le Monde – Sciences Po-Bordeaux / Chaire D’Iana T – Université Bordeaux-Montaigne

Partenaires : Filière FIFPO, UNILAB/CNPq

Organisateurs : Luana Antunes Costa (Professeure invitée à Sciences Po-Bordeaux) ; avec la participation de Michel Cahen (CNRS/LAM)

vendredi 30 janvier, amphithéâtre Aliénor d’Aquitaine à Sciences Po Bordeaux, de 9h15 à 17h

Attention, l’entre est libre mais l’inscription obligatoire : https://scpobx.zoom.us/meeting/register/jzq7ae0WQ8aJ9daJ340elw#/registration

Depuis l’expérience des peuples africains face à l’imposition du système colonial, en passant par celle des communautés quilombolas (marrons) engagées dans des mouvements contre-coloniaux (Bispo, 2023) au sein des espaces de la diaspora, jusqu’à d’autres formes contemporaines de résistance à la colonialité, les liens de fuite ont été continuellement réadaptées et réactualisées au fil du temps par les collectifs de femmes noires ; par le protagonisme des femmes du peuple, des dirigeantes communautaires, des enseignantes, des mères ; par l’organisation politique des féminismes noirs et par l’action d’intellectuelles dont les voix circulent dans leurs pays d’origine ou dans des territoires transnationaux.
En considérant les liens de fuite comme une forme de rébellion épistémique, comme une agentitivité contre les récits hégémoniques, les matrices de violences systémiques, et comme une puissance de transformation de la réalité sociale, cette Journée d’Études propose des rapprochements entre la pensée et l’action politico-artistique d’intellectuelles afro-diasporiques situées dans les territoires de l’Afrique globale. Elle vise également à contribuer à la circulation de recherches académiques centrées sur l’action politique, théorique et artistique d’intellectuelles afro-diasporiques, ainsi que sur leurs dialogues avec les champs des arts, de l’histoire, de la politique et des formes de transmission/apprentissage des savoirs, envisagées comme des actions émancipatrices et révolutionnaires.

Programme

 09h15 Accueil des participants.es

 09h30 Ouverture : Michel Cahen et Luana Antunes Costa

Table 1(Ré)écrire le je et le nous : arts, histoire et activismes Modératrice: Luana Antunes Costa  (UNILAB-Brésil, Sciences Po-Bordeaux – LAM, FMSH)

  • 09h40 «“Cultura é Política com P maiúsculo”: pensées artistiques, revendications sócio-economique et féminismes au sein des congrès culturels latino-americains  – Vivian Braga dos Santos (Université de Lille) 
  • 10h10 « Vocalités insurgées : femmes noires, archives et histoire potentielle » Marina Pereira de Almeida Mello (Université Fédérale de São Paulo – Brésil)
  • 10h40 «L’autre langue des femmes: radicalité identitaire, contrat du ressenti ou contrat social ? »  Sylvère Mbondobari (Universtité Bordeaux-Montaigne, Sciences Po-Bordeaux – LAM)
  • 11h10 Débat

12h:00 Pause déjeuner

Table 2 (Ré)inventer les espaces de liberté : éducation, territorialité et les politiques de l’espoir Modérateur : Michel Cahen (CNRS, Sciences Po-Bordeaux – LAM)

  • 14h00 « Mulheres na linha de frente da luta em Conceição das Crioulas : sobre a criação de uma escola quilombola / Femmes en première ligne de la lutte à Conceição das Crioulas : autour de la création d’une école quilombola » Caroline Farias Leal Mendonça (Université Fédérale Rurale de Pernambuco –Brésil) [en langue portugaise / interprétation consecutive]
  • 14h40 «L’éducation comme outil politique du contre-récit : lignes de fuite et pratiques afro-diasporiques » Olga Akou Kochie (Université Bordeaux Montaigne)
  • 15h10 « Quelques réflexions autour de la construction d’un dialogue transatlantique afrodiasporique » Soraya Lani-Silva (Université Bordeaux-Montaigne)
  • 15h40 « Le corps comme archive : temps, mémoire et diaspora rwandaise » Aniely Walesca Oliveira Santiago (Université Fédérale de Paraíba – Brésil, FAPESQ-PB)
  • 16h10 Débat

17h  Clôture

URL de référence : https://www.u-bordeaux-montaigne.fr/fr/actualites/recherche/je-internationale-intellectuelles-afro-diasporiques-et-liens-de-fuite.html

Écrivain·e·s de Tunisie à l’œuvre

Après un voyage de formation, qui s’est déroulé à Tunis du 26 au 31 octobre 2025, et un colloque international : «Je te nomme Tunisie… Cartographies littéraires : l’espace tunisien chez les écrivain.es de Tunisie», organisé les 29 et 30 octobre 2025 à l’Université de la Manouba (Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités), une journée d’études : «Laboratoires de la création francophone: écrivain.e.s de Tunisie à l’œuvre», aura lieu ce jeudi 04 décembre à l’université Paris Nanterre.

 Cette manifestation, organisée par les étudiant.es de l’Université Paris Nanterre et de l’Université Paris 8, constitue l’ultime étape d’un module d’innovation pédagogique (MIP), soutenu par l’EUR (Ecole Universitaire de la Recherche) ArTeC.

En partenariat avec la CICLIM. Entrée libre.

programme_4décembre2025_MIP

Des voies pour les voix de Guinée équatoriale

La demi Journée d’études «Des voies pour les voix de Guinée équatoriale» aura lieu le 27 novembre 2025 à 14h30 au Campus Condorcet (Bât Recherches Sud, salle 4.023). Cette JE sera consacrée à la littérature en Guinée équatoriale et nous aurons l’honneur de recevoir l’écrivain guinéo-équatorien Juan Tomas Avila Laurel. Deux conférences ainsi que la lecture des extraits de ses oeuvres viendront compléter le programme. Ce sera l’occasion de présenter le numéro 414 de la revue de la Société des Langues Néo-Latines, entièrement consacré à la littérature en Guinée équatoriale. 

Il est possible de suivre la rencontre à distance via le lien Teams : 

AAC: Politique et poétique de la colère dans les littératures africaines

Journée d’Étude de l’APELA

Organisée à l’Université de Lille par Marie Bulté (ALITHILA, SémaFores, U. de Lille) et Cédric Courtois (CECILLE, U. de Lille)

8 Octobre 2026

Les propositions sont à envoyer avant le 2 mars 2026 à l’organisatrice et à l’organisateur : Marie Bulté (marie.bulte@univ-lille.fr) et Cédric Courtois (cedric.courtois@univ-lille.fr).

Argumentaire

« Revendiquer, faire entendre sa colère dans l’espace public, c’était encore reconnaître que l’on entretenait avec les autres une relation, même viciée ». Tel est l’amer constat que l’on peut lire dans la fresque afrofuturiste de la Franco-Camerounaise Léonora Miano, Rouge Impératrice (2019)qui orchestre un renversement des rapports de force entre Africain·e·s et Européen·ne·s, entre les ancien·ne·s colonisé·e·s et les ancien·ne·s colonisateur·rice·s. Si ces dernier·e·s n’ont même plus la force d’exprimer leur colère, réduit·e·s qu’iels sont à des « Sinistrés » privé·e·s de tout pouvoir, c’est le paradigme même de la littérature occidentale qui s’effondre avec elleux. La littérature occidentale naît en effet sous le patronage funeste de la colère : « Chante, ô Muse, la colère d’Achille fils de Pélée, colère funeste qui causa tant de malheurs aux Grecs, qui, avant le temps, précipita dans les Enfers les âmes courageuses d’une foule de héros, et rendit leurs corps la proie des chiens et des vautours. Ainsi s’accomplit la volonté de Jupiter, du jour où de tristes discordes divisèrent Agamemnon, roi des hommes, et le divin Achille ». L’Iliade, première œuvre littéraire de l’Occident,commence par la colère d’Achille et se clôt avec elle, la colère est donc son unique sujet.
Qu’en est-il alors pour les œuvres africaines, du moins pour celles qui naissent explicitement en regard, en contestation et en dissidence d’un autre patronage funeste, celui de la colonisation européenne ? En invoquant toujours Rouge Impératrice, on peut y lire l’état d’esprit du personnage Igazi : « Igazi trouvait cela bel et bon, mais de son côté, il y avait aussi la colère, la haine même, le besoin de mettre le Continent une fois pour toutes à l’abri des envahisseurs ».

La colère apparaît comme un élément fondamental qui traverse les âges : elle est présente dans les littératures africaines à la fois lors de la période coloniale, à l’ère des indépendances, elle nourrit désormais toute perspective décoloniale. Pensons à ce titre à l’écrivain et réalisateur sénégalais Ousmane Sembène dont la création littéraire et cinématographique est pétrie d’une rage d’exprimer son militantisme anticolonialiste. Prenant comme point de départ la grève des cheminots du Dakar-Niger de 1947, le roman Les Bouts de bois de Dieu (1960) exprime puissamment, tout au long de la diégèse, la colère des colonisé·e·s contre les colonisateur·rice·s qui les subalternisent : « Les cris de rage, de colère, de douleur, faisaient une seule clameur qui montait dans le ciel du matin ». La colère peut s’avérer un moteur puissant, qui engendre la révolte, et pousse à prendre la plume. Ainsi en va-t-il également de la Nigériane Chimamanda Ngozi Adichie qui déclare, à propos de l’écriture de son deuxième roman, Half of a Yellow Sun (2006), portant sur la guerre civile opposant le Biafra au Nigéria (1967-1970), que « les legs brutaux du colonialisme [la] mettent en colère » et qu’elle « enrage » face à « l’idée que l’égoïsme et l’indifférence ont conduit à la mort inutile d’hommes, de femmes et d’enfants » (nous traduisons). Chez Adichie, comme chez Sembène, la colère incarne un point de départ politique qui mène à la création littéraire.
La colère, au sens moderne « d’état affectif violent » (Dictionnaire historique de la langue française), peut se manifester aussi bien comme une « réaction physique » que « psychique » (Trésor de la langue française). Elle met en mouvement, elle crée un espace de transgression permettant de s’élever contre un monde vécu comme dysfonctionnel, ce qui est précisément à l’œuvre dans No Time Like the Present (2012) de la Sud-Africaine Nadine Gordimer. La colère—et peut-être, plus précisément, ce que le penseur décolonial Walter Mignolo et la penseuse décoloniale Catherine Walsh appellent « dignified anger » dans On Decoloniality: Concepts, Analytics, Praxis (2018)—peut devenir moteur de création poétique et/ou vecteur de contestation.
Il apparaît toutefois essentiel de souligner l’ambivalence de la colère. Elle peut également être dévastatrice, moins vectrice de soulèvement, de rébellion ou d’insurrection que de destruction. Ce sont bien en effet ces mêmes réactions violentes qui alimentent, par exemple, les guerres civiles, qu’à leur tour dénoncent certain·e·s romancier·e·s africain·e·s, comme l’Ivoirien Ahmadou Kourouma dans son roman posthume Quand on refuse on dit non (2004). Pensons aussi au danger des conséquences de la colère qu’a pu pointer Nelson Mandela en son temps. Quand la colère verse dans le ressentiment, ne risque-t-elle pas de perdre de sa puissance agissante pour se muer en passivité, comme l’exprime Sophie Bessis dans sa préface au livre d’Elgas, Les Bons ressentiments. Essai sur le malaise post-colonial (2023), où elle explique que « dans cette Afrique où le passé ne passe pas, dans la mesure où l’ancien maître s’est souvent contenté de changer d’habits pour perpétuer sa présence, l’on ressasse ses atteintes à une souveraineté encore introuvable et l’on s’érige en victime éternelle d’un “ordre blanc” qui n’aurait pas bougé » ?
Il semble que les littératures africaines parviennent à se mouvoir entre ces écueils, s’inscrivant peut-être dans ce que la penseuse étatsunienne Audre Lorde explique à propos des « usages de la colère » dans son discours de 1981, « The Uses of Anger: Women Responding to Racism ». Pour motivé qu’il soit par la colère, le roman Les Bouts de bois de Dieu se clôt sur ce chant : « Mais heureux est celui qui combat sans haine ». Dans une visée similaire, pour la Rouge Impératrice du roman éponyme de Léonora Miano, l’émancipation de la colère est source d’empuissancement : « La femme rouge éprouva une fois de plus un malaise à l’idée de ces enfants n’ayant d’autre terre que celle de Katiopa [il est fait référence ici aux Sinistrés qui ont quitté leur pays, dont on peut deviner qu’il s’agit de la France]. La question n’était pas de leur témoigner de l’affection, quoi qu’il n’y ait là rien de condamnable. S’affranchir une fois pour toutes de la domination coloniale, c’était aussi en récuser la vision dans tous les domaines, donner congé à la colère ».

Les littératures africaines font entendre une colère apte à lutter contre les courroux mortifères, apte à exprimer les contestations, qu’elles soient individuelles, collectives et/ou politiques fondant un « dissensus » (Rancière). Le medium littéraire, permettant à la colère individuelle de se muer en force poétique, devient un lieu de puissance transgressive. Face à l’oppression (post-)coloniale d’abord—comme c’est le cas dans le roman Shigidi and the Brass Head of Obalufon (2023) du Nigérian Wole Talabi qui met en avant la colère d’un trio d’òrìṣà tentant de récupérer le masque éponyme emprisonné derrière une vitrine du British Museum. Face à l’oppression patriarcale ensuite, où les femmes sont opprimées, comme c’est le cas dans Nervous Conditions (1988) de la Zimbabwéenne Tsitsi Dangarembga, avec le personnage de Nyasha, confronté à la colère inouïe de son père Babamukuru—tout comme les minorités LGBTQIA+, tel que le montrent le premier roman de la Franco-Camerounaise Osvalde Lewat, Les Aquatiques (2021), les mémoires du Canado-Somalien Mohamed Abdulkarim Ali, Angry Queer Somali Boy: A Complicated Memoir (2019), ou encore le premier roman du Sénégalais Mohamed Mbougar Sarr, De purs hommes (2018). Face également au désastre écologique—comme l’exprime l’Américano-Camerounaise Imbolo Mbue dans How Beautiful We Were (2021). Plus encore, la littérature peut se muer en caisse de résonance pour rendre visible « l’invivable » (Butler et Worms), pour laisser entendre les « lamentations […] de ce monde enragé » (nous traduisons), comme l’écrit Wole Soyinka dans son poème « A Humanist Ode for Chibok, Leah » (2022) adressé aux jeunes filles régulièrement enlevées par le groupe terroriste Boko Haram dans le Nord nigérian.
En prenant comme points de départ possibles ces différents contextes (non-exhaustifs), il s’agira aussi d’interroger l’énonciation de la colère et de se pencher sur la façon dont cet affect modélise la voix : la colère se crie-t-elle, se gueule-t-elle, se beugle-t-elle même, comme le laissent entendre le Congolais Sony Labou Tansi, dans sa pièce de théâtre Qu’ils le disent, qu’elles le beuglent (2014) et le Nigérian Samuel Kọ́láwọlé, dont le premier roman, The Road to the Salt Sea (2024), fut motivé par la colère qu’il a ressentie face au silence assourdissant entourant les milliers de mort·e·s africain·e·s tentant la traversée de la Méditerranée ? C’est également le cas pour تيتانيكات أفريقية—African Titanics ([2008] 2014)—où l’Érythréen Abu Bakr Khaal met en lumière la colère des migrant·e·s face aux passeurs. Comment donc (d)écrire la colère ? Quelles inflexions poétiques la colère fait-elle subir à l’écriture littéraire ? Comment la littérature peut-elle faire résonner « ces cris de révolte jamais entendus » comme le Djiboutien Abdourahman A. Waberi l’écrit, en citant Aimé Césaire, dans son œuvre poétique rédigée aux confins de l’impossible, celui de mettre en mots le génocide au Rwanda (Moisson de crânes, 2000) ?

On pourra réfléchir aux façons dont s’énonce, s’exprime et s’incarne la colère dans les littératures africaines (fiction, poésie, théâtre, littérature non-fictionnelle), qu’elles soient anglophones, francophones, lusophones, hispanophones ou en langues africaines. Quel rapport au réel ces récits de la colère entretiennent-ils ? Quelle puissance ou, au contraire, quelle vulnérabilité la colère permet-elle d’exprimer ? Dans quelle mesure la colère permet-elle d’atteindre une forme d’empuissancement ? En quoi permet-elle de clamer des choses tues ? Quels spectres cette colère parcourt-elle ? N’y a-t-il pas un risque que cette colère « enferre les esprits du continent dans une fièvre ressentimentale qui semble atteindre des sommets dans le temps actuel » (Elgas) ?

Nous invitons les personnes susceptibles d’être intéressées à envoyer leur proposition de communication (250 mots en français ou en anglais) autour des pistes suivantes (non-exhaustives), accompagnée d’une bio-bibliographie (100 mots) :

  • Colères historiques (post-)coloniales ;
  • Colères contemporaines et luttes sociales ;
  • Colères décoloniales ;
  • Colère et mémoire ;
  • Colère et engagement ;
  • Colère et genre ;
  • Éthique de la colère ;
  • Figures de la colère ;
  • Langages et esthétiques de la colère ;
  • …  
Comité scientifique :
  • Maria-Benedita Basto (Sorbonne Université) ;
  • Marie Bulté (U. de Lille) ;
  • Chloé Chaudet (U. Clermont Auvergne) ;
  • Cédric Courtois (U. de Lille) ;
  • Paul Dirkx (U. de Lille) ;
  • Romuald Fonkoua (Sorbonne Université) ;
  • Robert Fotsing (U. de Dschang) ;
  • Yolaine Parisot (U. Paris-Est Créteil).